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TEXTES
Jean Nouvel
Jacques Vergès
Nicolas Bourriaud
Jean-Luc Monterosso
Philippe Perrin vs Adelina
   von Fürstenberg

 

"J'ai pris des coups, j'en ai rendu"
Philippe Perrin vs Adelina von Fürstenberg 2010

Adelina von Fürstenberg : Philippe, lors de notre récente rencontre à Paris, nous avons discuté et refait le monde, mais surtout parlé de tes héros, des artistes que tu admirais. Tu as ainsi cité Garibaldi comme Robespierre, mais aussi Arthur Cravan, Le Caravage. Je me souviens que tu m'as dit naturellement « notre futur c'est notre passé ». Peux-tu m'en dire plus ?
Philippe Perrin : Tu m'as d'abord demandé si je me considérais comme un artiste français. Je suis français, d'origine italienne, administrativement parlant. Culturellement c'est indéniable. Je me sens latin des pieds à la tête. Plus encore, méditerranéen. Ce sont mes gènes, cela bat dans mes veines, me martèle le cerveau tous les jours, trop, c'est douloureux, et j'aime ça.
En tant qu'artiste, je suis un citoyen du monde et surtout pas affilié à une nationalité, un pays ou ses ministères. L'art est d'abord une sorte de malédiction (plus qu'un don de naissance), puis devient une décision, un choix, une action subversive inévitable et autonome, une remise en question
permanente de nos modes de vie, de nos sociétés, de toutes nos dictatures à travers le monde, car elles sont bien les nôtres, et donc de nos pseudos démocraties, une remise en question de soi permanente. L'art, dans toutes ses formes, demeure actuellement seul et dernier rempart possible, vecteur d'idées, relais de pensées visionnaires et transmissibles par ce biais unique. Montrer, faire lire ou entendre, tenter de faire comprendre, pour tenter de faire penser. Tenter de le faire correctement. Encore faut-il avoir quelque chose à dire pour cela... Devenir le miroir de notre vision des choses et espérer transmettre ces reflets émotionnels. Si une oeuvre peut apporter à un spectateur une réflexion, une pensée, aussi infime soit elle, alors c'est toujours mieux qu'un coup de pied au cul… Si elle réussit à le bouleverser, à changer sa manière de penser ou son regard sur des dimensions possibles, ne serait-ce qu'un court instant, alors c'est une mission accomplie. Cela provoque en moi du bonheur, un immense plaisir, la satisfaction du partage, donc le désir de continuer. De continuer cette quête plus que ce « travail » ou ce « métier ».
Quand nous nous sommes vus, je t'ai cité des noms qui me sont passés par la tête en vrac parce qu'ils sont dans notre histoire (fosse) commune et donc restent « encrés » en nous : des terribles erreurs de Robespierre, brillant personnage terrifiant et fragile aux échecs si touchants (quels étaient ses sentiments à l'heure du couperet ?...). Ce personnage est fascinant parce qu'il est incontrôlable dans une conversation à table. C'est un terrain miné. Je peux m'en faire l'avocat (du diable) par simple et pur plaisir. …Jusqu'aux boulimiques désirs d'aventures de Garibaldi, qui fut un Che Guevara avant l'heure. Le Che, sans se soucier des médias inexistants à cette époque. L'histoire de Garibaldi ressemble à un conte philosophique de Voltaire, de la Sicile à Montevideo, de Nice à New-York où se trouve toujours une statue le représentant au Washington Square Park. Notre passé est notre histoire, notre histoire notre culture, notre culture nos références et nos armes. La culture et l'histoire sont les armes de la pensée, les outils de la réflexion. Notre futur est donc notre passé.
Nous aurions aussi pu parler du poète voyou François Villon, mon vieux copain de nuits insomniaques, de ses poèmes sur le vin (Balestard) et de ses ballades de pendus « hauts et courts », du brigand prérévolutionnaire Louis Mandrin, mon héros et « ami d'enfance » dont je chanterai à vie la complainte, ou du poétiquement colérique ultrasensible « definitively punk » Joe Strummer de Clash.
Le Caravage, Arthur Cravan, nous avons encore le temps de les aborder…

Adelina von Fürstenberg : Je me souviens, quand on se voyait à Grenoble et que tu préparais ta pièce «Under Arrest», où le critique d'art (Nicolas Bourriaud) et le futur marchand d'art (Édouard Merino) arrêtait l'artiste (Philippe Perrin). Tu m'as décrit ce travail comme une image caravagesque et biblique…
Philippe Perrin : J'ai toujours été fasciné par Le Caravage. Par ses peintures, déjà enfant, sans en comprendre ou en connaître le sens, au hasard d'un dictionnaire, d'une illustration dans une classe d'école primaire. On ne peut rester insensible à la simple plastique de sa peinture à moins d'avoir les yeux crevés (ou le cerveau brûlé). J'ai appris à connaître le personnage beaucoup plus tard. Quand la culture me fut accessible… Il ne m'a quelque part jamais quitté. Son village de naissance est voisin de celui de ma mère en Italie, ses sujets et la manière de les représenter, la violence et la colère que je ressens dans son travail me sont tellement familières, tellement proches, son histoire, ses méfaits, ses chemins tortueux décidés, jusqu'au hasard de la vie qui un jour m'a fait m'échouer sur les côtes maltaises et découvrir ici aussi des traces de son passage. Je ne suis que les traces de mon passage. Et me voilà sur les traces du sien, dans la Cathédrale Saint Jean à La Valette, je suis tombé nez à nez avec sa « Décollation de Saint-Jean Baptiste », le seul tableau signé de son nom, Michelangelo Merisi.
La photographie « UNDER ARREST », que j'avais « organisée » en 1989 avec Edouard Merino et Nicolas Bourriaud dans le rôle de deux flics véreux en train de m'arrêter, était à la fois une inconsciente référence à la vie du Caravage, à son Saint-Jean, à son Sacrifice d'Isaac et à sa Judith décapitant Holopherne (au niveau de la composition), mais aussi un clin d'oeil au déjeuner sur l'herbe de Manet et de la version d'Alain Jacquet que j'allais voir et revoir les mercredis après midi quand j'étais jeune au Musée de Grenoble, parce que c'était gratuit… Mais « Under Arrest » est plus qu'une simple référence à des peintres ou à des moments d'histoire, elle est la métaphore de ma vision de l'art à ce moment précis. Le critique d'art et le marchand en train de coincer l'artiste…

Adelina von Fürstenberg : Le poète dadaïste Arthur Cravan (né Fabian Avenarius Lloyd en 1887 à Lausanne et disparu en 1918 dans le Golfe du Mexique) était aussi un boxeur. Il avait challengé le fameux poids lourd américain Jack Johnson qui l'avait mis KO dès le premier round. Tu t'es inspiré de cette action dadaïste : le poète contre le champion du monde des poids lourds. Est-ce la boxe ou Cravan qui t'ont inspiré pour créer ta série d'oeuvres et de bouquins avec la boxe ?
Philippe Perrin : D'abord j'ai pratiqué la boxe anglaise, le noble art, quand j'étais enfant, au quartier. J'avais huit ans. C'était tout simplement le sport local. J'ai fait aussi pas mal de Boxe Française Savate plus tard, en même temps que mon passage aux beaux-arts de Grenoble. Arthur Cravan était donc une rencontre inévitable. Un des gardiens du Musée de Grenoble m'avait offert une très belle édition fac-similée de la revue « Maintenant », dans laquelle il disait : « Marcel Duchamp, il ne m'aimait pas beaucoup, moi non plus d'ailleurs… », ou encore aux artistes de l'époque : « Un bon conseil : prenez quelques pilules et purgez votre esprit ; baisez beaucoup ou encore entraînez-vous à outrance : lorsque vous aurez cinquante centimètres de tour de bras peut-être serez-vous enfin une brute, si vous êtes doués». Ça tombe bien. Je suis un enfant de Marcel Duchamp, comme tout le monde. C'est tellement facile… Mais je suis aussi un enfant de Marcel Cerdan. C'est plus compliqué. Cravan, le Cravanesque Arthur, ce fut forcément un déclic. Une personnalité qui me ressemblait, que je pouvais sentir entre ses lignes. Seulement la jouissance, le plaisir de lire et de découvrir. Le plaisir de rire, de médire ou de pleurer. Ma première exposition personnelle ne pouvait plus que s'appeler « Hommage à Arthur Cravan ». C'était en 1987 à Grenoble. Gigantesque installation d'un ring de béton face à une photographie murale de même taille me représentant en train de m'auto affronter.
Arthur Cravan, personnage aux milles facettes trop visibles, au comportement ultime et unique, à la brutalité du fauve blessé, au destin tragique et à la disparition toute aussi trouble que celle du Caravage. Aventurier, de New York à Montevideo, comme Garibaldi, il ne pouvait désormais plus me quitter. Mes deux grandes passions du moment, l'art et la boxe, ma détermination à mixer les coups dans la gueule avec une action artistique, la sueur avec la pensée, le vice avec la loyauté, avaient enfin trouvé un écho, une « raisonnance », un oncle, un parrain. Une bénédiction…

Adelina von Fürstenberg : Ta reconstitution de la voiture de Jacques Mesrine est pour moi l'une des oeuvres des plus significatives des années 90. L'ennemi public n° 1 devient du coup protagoniste de la Biennale de Lyon et vice-versa, une pièce ready-made qui amène l'art à la une des media, bien avant le film…
Philippe Perrin : L'une des oeuvres les plus significatives des années 90 ?... Cette installation s'appelait « Hommage à Jacques Mesrine », bien avant qu'il devienne à la mode, évidemment… À cette époque, à ce moment précis, il me semblait juste de parler d'un évènement anachronique, décalé, de l'ennemi public N°1, de régler des comptes, ou en tout cas de préciser la possibilité de régler des situations de pensées, des images préconçues. Mesrine était entre deux eaux. Dans l'inconscience collective comme « héros » et à la fois « fait-divers » que notre société tentait d'oublier. Mesrine était-il un Robin des Bois, un truand, un assassin, un meurtrier ? Un Louis Mandrin contemporain ? Il a quand même été la personnalité préférée des Français en 1978 bien avant des tennismen. C'est quand même énorme. Comme lui, la bande à Bonnot, la bande à Baader, Les Brigades Rouges, etc… Tous ces gens-là ont eu aussi leurs heures de gloire, d'erreurs, d'idéologies falsifiées par les médias ou par eux-mêmes, faussées, ratées, par des communistes notoires ou par une CIA discrètement déclarée. Que l'on en pense (ou pas) ce que l'on veut. Ils sont notre passé, eux aussi, notre histoire, notre culture, donc ils sont nos références du passé et notre futur forcément.
On ne s'en sort pas. Et si « l'aventure c'est l'aventure », elle est bien là. Pleine d'idéologies ratées, faussées, mais jusqu'au boutistes !
Mais l'idée de cette installation était avant tout de magnifier un personnage dit « public », dit de « faits-divers », d'en faire le héros de mes propres provocations, un mythe de notre société afin de dénoncer celle-ci. Que l'on soit bien clairs, je n'ai pas de fascination pour les voyous, je n'en ai pas non plus pour les traders ou les hommes politiques. Encore moins… Et puis à cette époque (1991) où tout était (déjà) sur-Duchampien et ready-made à tout va, il me plaisait de décaler ce discours (trop) lourd ambiant, de me décaler moi-même du « pseudo groupe » par une sorte de pied de nez révolutionnaire à un art étatique… Cette oeuvre à l'époque m'a valu pas mal de tracas, jusqu'à des menaces de mort. Comme quoi l'art peut encore provoquer sans être seulement provocateur par le sujet qu'il nous propose ou nous impose. Je suis un provocateur. Oui. Je pense l'être. Je ne provoque surtout pas dans ce seul et unique but. Faire vomir par une image graveleuse ne m'intéresse pas. Faire gerber ses tripes par la pensée, provoquer les sens, alors oui, je me damne pour cela. Rien n'est gratuit. Rien ne doit l'être. La liberté coûte trop cher, l'absurdité n'est rien, la provocation pour seulement provoquer le dégoût non plus.

Adelina von Fürstenberg : Contrairement à beaucoup d'artistes parmi tes contemporains, tu utilises des médias différents comme la photographie, l'écriture, la sculpture, la vidéo, le dessin, le cinéma, etc, et ce depuis toujours. Comment peux-tu mettre ensemble tes concepts à travers des techniques si diversifiées?
Philippe Perrin : Depuis toujours. Avant tout le monde ? Après tant d'autres, bien sûr… La pensée ne peut dépendre pour moi d'un seul et unique médium. Les actions et réflexions ne peuvent pas être liées, attachées, à un seul support tel un totem. Ou alors elles deviennent une profession, une carrière, un système bien réglé. Je glisse d'une surface à une autre, d'une phrase à un coup de crayon ou un shooting photographique
avec les mêmes idées en tête que sur une plaque d'acier. Le texte est important. Il est la base de toute pensée. L'image est toute aussi importante, sinon on ne l'interdirait pas dans certains pays. Le rapport physique aux choses est très important aussi. Il nous donne la notion de notre propre présence. C'est le sens qui se rajoute aux formes, quelles qu'elles soient, qui donnent naissance à l'oeuvre d'art.

Adelina von Fürstenberg : Avec les années, tu t'es aperçu que le monde de l'art et en particulier le monde de l'art français était devenu trop étroit, trop petit pour toi, alors, soutenu par quelques amis, collectionneurs et marchands, tu as voyagé, vécu à Malte, et beaucoup d'autres endroits. Toutefois, malgré ton tempérament colérique qui t'as valu des querelles, des rixes et souvent t'a isolé - et peut être grâce à cela - ton travail s'est développé, ton identité s'est précisée. Ton exposition à la MEP n'est pas une rétrospective, je dirais plutôt une synthèse de ton parcours artistique, mais pourrait être aussi une ouverture ?
Philippe Perrin : J'ai fait le tour du monde en avion, en train, en porte containers, en tout ce qui se déplace. Avec des escales ça et là, plus ou moins longues. Bien sûr, on dit que les voyages forment la jeunesse. Ils aident à découvrir, à réfléchir, à ouvrir les yeux pour pouvoir sortir des carcans que l'on nous impose ou que l'on s'impose soi-même. J'ai suivi les traces de mes aventuriers du passé, de mes « amis » d'autrefois, tracé mes propres routes au milieu des leurs. J'ai pris de la maturité, j'ai appris à devenir un homme. Au moins, j'ai essayé. J'y travaille encore. Mon « tempérament colérique » m'a valu des querelles que je ne regrette pas. Je suis toujours resté moi-même, intègre. Trop parfois, sûrement. J'ai pris des coups, j'en ai rendus, quand on sort de sa case on prend toujours des coups. Les gens n'aiment pas la différence et ont peur de ce qui leur échappe. Je m'échappe à moi-même, alors aux autres… Cette exposition à la MEP n'est en effet pas une rétrospective mais une synthèse personnelle dévoilée au public. Tout comme le livre édité à cette occasion est un catalogue que j'aime appeler « déraisonné ».
Elle n'est pas un aboutissement, une fin.
Elle n'est que le début de la suite, comme toute fin.
Chaque exposition est une petite mort, chaque oeuvre est une nouvelle naissance..




"I've been punched, I've hit back"

Philippe Perrin vs Adelina von Fürstenberg 2010

Adelina von Fürstenberg : Philippe, when we met recently in Paris, we chatted and set the world to rights, but most of all we talked about your heroes and artists you've admired. You mentioned Garibaldi and Robespierre, but also Arthur Cravan and Caravaggio. I remember you saying quite naturally "our future is our past". Can you elaborate on this?
Philippe Perrin : You first asked me if I considered myself to be a French artist. I am French, from Italian stock, administratively speaking. Culturally that's undeniable. I feel Latin from head to foot. More than that: Mediterranean. It's in my genes, it courses through my veins, it hammers on my brain every day, it's too much, it's painful, and I love it.
As an artist, I am a citizen of the world and certainly not affiliated to a nationality, a country or its ministries. Art is first of all a kind of curse (more than a gift from birth), then it becomes a decision, a choice, a subversive, inevitable and independent act, a way of permanently challenging our ways of life, our societies, our dictatorships across the world (for they are indeed ours) and so our pseudo-democracies, a way of permanently challenging oneself. Art in all its forms is now the last possible bastion, a vector for ideas and a means of transmission of visionary thoughts that are only transmissible thanks to this unique medium. It's about showing, getting people to read or listen, trying to make people understand, trying to make people think. Trying do get it right. Of course to do this you have to have something to say... It's about becoming the mirror of our way of seeing things and hoping to transmit these emotional reflections. If an artwork can bring a viewer an idea, a thought, however tiny, that's better than a kick up the arse … And if that idea succeeds in troubling him, changing his way of thinking or his way of looking at possible dimensions, even for a brief moment, then it's mission accomplished. This makes me very happy, it gives me great pleasure, the satisfaction of sharing, and so it makes me want to carry on. To continue my quest - more than my 'work' or my 'profession'.
When we met, I mentioned names that came randomly into my mind because they are in our shared history (that mass grave) and so remain etched on our memory: the terrible mistakes made by Robespierre, a brilliant, terrifying and fragile figure who experienced such touching failures (how did he feel when the guillotine fell?) His character is fascinating because it's uncontrollable during a dinner conversation. It's a real minefield. I can play devil's advocate for pure and simple pleasure…
And then we have Garibaldi's lust for adventure: he was a forerunner of Che Guevara. He was a Che who didn't have to worry about the media, which didn't exist at the time. The story of Garibaldi resembles a philosophical tale by Voltaire, from Sicily to Montevideo, from Nice to New- York where there's still a statue of him in Washington Square Park.
Our past is our history, our history is our culture, our culture forms our references and our weapons. Culture and history are the weapons of thought, its tools. Which means that our future is our past. We might also have talked about the ruffian poet François Villon, my old friend during nights of insomnia, about his poems on wine (Balestard) and his ballads about 'hanging them high'. Or the pre-revolutionary brigand Louis Mandrin, my hero and "childhood friend" whose complaint I'll be singing for the rest of my life, or the poetically angry, ultra-sensitive and "definitively punk" Joe Strummer of The Clash. As for Caravaggio and Arthur Cravan, we've still got time to talk about them…

Adelina von Fürstenberg : I remember when we saw each other in Grenoble and you were preparing your piece "Under Arrest", where an art critic (Nicolas Bourriaud) and a future art dealer (Édouard Merino) arrested an artist (Philippe Perrin). You described this work as a Caravagesque and biblical image …
Philippe Perrin : I've always been fascinated by Caravaggio. I was fascinated by his paintings as a child, without knowing or understanding their
meaning, as I leafed through encyclopaedias or primary school books. It's impossible not to be affected by the simple plasticity of his painting unless you've had your eyes gouged out (or your brain burnt). I learnt to understand Caravaggio the man much later, when culture became accessible to me… In a way he has always been with me. His birthplace is near where my mother was born in Italy. His subjects and his way of representing them, the violence and anger I feel in his work are so familiar to me, so close to me, his history, his misdemeanours, the tortuous paths he chose, until one day I washed up by chance on the Maltese coast and found signs that he had been there too. I only ever follow my own path, and there I was following his: in St John's Cathedral in La Valetta, I stumbled upon his "Decapitation of Saint John the Baptist", the only painting he signed with his name, Michelangelo Merisi.
The photograph "UNDER ARREST", that I'd "organized" in 1989 with Edouard Merino and Nicolas Bourriaud in the role of the two dodgy cops arresting me, was an unconscious reference to the life of Caravaggio, to his Saint John, to his Sacrifice of Isaac and his Judith Decapitating Holophern (in terms of composition), but it was also a nod to Manet's "Déjeuner sur l'Herbe" and the version by Alain Jacquet I used to go and see again and again on Wednesday afternoons when I was young at the Musée de Grenoble, because it was free… But "Under Arrest" is more than just a reference to painters or moments in history, it's a metaphor of my view of art at this precise instant. The critic and the dealer in the process of nabbing the artist…

Adelina von Fürstenberg : The Dadaist poet Arthur Cravan (who was born Fabian Avenarius Lloyd in Lausanne in 1887 and who disappeared in the Gulf of Mexico in 1918) was also a boxer. He challenged the famous American heavyweight Jack Johnson and knocked him out in the first round. You took inspiration from this Dadaist act: the poet versus the world heavyweight champion. Was it boxing or Cravan that inspired you to create your series of works and books focusing on boxing?
Philippe Perrin : I used to do English boxing, the noble art, when I was a kid, in my neighbourhood. I was eight. It was just the local sport. Later on I also did quite a bit of French kickboxing while I was at art school in Grenoble. So it was inevitable I should come across Arthur Cravan. One of the security guards at the Musée de Grenoble had given me a beautiful facsimile edition of the magazine "Maintenant", where he'd written: "Marcel Duchamp didn't like me much, but then again neither did I…", and to the artists of the day: "Some good advice: take a few pills and purge your spirit; fuck a lot or train excessively: when your arm measures fifty centimetres round you may at last be a brute, if you're good enough". So that was perfect for me. I'm a child of Marcel Duchamp, like everyone else. It's so easy… But I'm also a child of Marcel Cerdan(1). That's more complicated. So things necessarily clicked with Cravan, the Cravanesque Arthur. He was someone like me, someone I could tune in to between the lines he wrote. Just the pure enjoyment, the pleasure of reading and discovery. The pleasure of laughing, backbiting or crying. My first one-man exhibition could only be called "Tribute to Arthur Cravan". It was in 1987 in Grenoble. A gigantic installation involving a concrete boxing ring facing a photographic mural the same size showing me confronting myself.
Arthur Cravan was a character with a thousand all too visible facets, with an
extreme, unique way of behaving, with the brutality of a wounded beast, with a tragic fate and a disappearance that was as murky as Caravaggio's. An adventurer who travelled from New York to Montevideo, like Garibaldi, he was destined to stay with me forever. My two great passions of the moment, art and boxing, my determination to mix punches in the face with artistic acts, sweat with thought, vice with loyalty, had at last found an echo,
a "reasonance", an uncle, a godfather. A blessing…

Adelina von Fürstenberg : Your reconstitution of Jacques Mesrine's(2) car is for me one of the most significant artworks of the 1990s. Public Enemy Number One became a protagonist in the Lyon Biennale and viceversa, in a ready-made piece that brought art on to the front pages of the media, a long time before the film(3) was made…
Philippe Perrin : One of the most significant works of the 90s?... That installation was called "Tribute to Jacques Mesrine" , long before he was fashionable, of course… At that time, at that precise moment, it seemed right to talk about an anachronistic, out-of-synch event, about Public Enemy Number One, to settle some scores, or at least to focus on the possibility of settling situations involving preconceived ideas and images. Mesrine fell between two stools. In the collective unconscious he was a 'hero', but he was also bad news our society was doing its best to forget. Was Mesrine Robin Hood, a crook, an assassin, a murderer? A present-day Louis Mandrin(4)? He was after all France's most popular personality in 1978, way ahead of the tennis players. That's just huge. Like him, the Bande à Bonnot(5), the Baader-Meinhof Group, the Red Brigades, etc… all those people had their hour of glory, of mistakes, of ideologies falsified by the media or by themselves, falsified and scuppered by known communists or by a discreetly declared CIA. We can think (or not) what we like. They too are our past, our history, our culture, which means that they necessarily form reference points for our past and future. There's no way out of that. And if " an adventure is an adventure", it's here that it happens. So many failed, falsified ideologies, but at least they went the whole hog ! But the idea for this installation was above all to magnify a so-called "public" figure, someone who was in the news, and to make him the hero of my own provocations, a myth of society used to denounce that society. Let's be very clear about this, I am not fascinated by thugs, no more than by traders or politicians. Less, even… And at that time (1991) when everything was (already) uber-Duchampian and there were ready-mades all over the place, I found I wanted to offset the (excessively) heavy discourse of the time, to set myself apart from the "pseudo-group" by thumbing my nose at State art in a revolutionary way… That piece got me into all kinds of trouble at the time; I even got death threats. Which means that art can still provoke debate without being merely provocative via the subject it proposes or imposes. I'm a provocateur. Yes, I am. I think I am. I don't provoke with this single aim in mind, though. Using filthy pictures to make people throw up doesn't interest me at all. But getting people to spew their guts by using ideas, by provoking their senses, yes, I'd go to hell and back for that. Nothing is free. Nothing should be. The price of freedom is too high. Absurdity is nothing, and provocation that just provokes disgust is nothing too.

Adelina von Fürstenberg : Unlike many artists among your contemporaries, you've always used different media such as photography, writing, sculpture, video, drawing, film, etc. How can you bring together your concepts using such varied techniques?
Philippe Perrin : Before everyone else? After so many others, of course… I don't think thought can rely on a single medium. Actions and thoughts can't be linked or bound to a single medium like some totem. If they are, they become a profession, a career, a well-regulated system. I move from one surface to the next, from a phrase to a pencil stroke or a photo shoot with the same ideas in my head as on a steel plate. Text is important. It's the basis of all thought. Images are equally important, otherwise they wouldn't be banned in some countries. The physical relationship with things is very important too. It gives us a sense of our own presence. It's the meaning that is added to forms, whatever they are, that gives rise to a work of art.

Adelina von Fürstenberg : Over the years, you've realized that the art world and in particular the French art world has become too narrow, too small for you, so with the help of a few friends, collectors and dealers, you have travelled, living in Malta and many other places. But despite your temper that has got you into some arguments and fights and which has often isolated you – or perhaps because of this – your work has evolved and your identity has become clearer. Your exhibition at the MEP is not a retrospective; I'd say it's more like a synthesis of you artistic career, but could it also be a way of opening up?
Philippe Perrin : I've been round the world in planes, trains, container ships, anything that moves. I stopped here and there for more or less long periods of time. Of course, as they say, travel broadens the mind. It helps you discover things, to think, to open your eyes in order to escape the straitjackets that we're put into or that we put ourselves into. I followed in the footsteps of my adventurers, my "friends" from the past, following my own road in the midst of theirs. I've matured, I've learnt to be a man. At least I've tried to. I'm still working on it.
My so-called temper has got me into arguments that I don't regret. I've always been myself, with integrity. Too much so, probably. I've been punched and I've hit back: when you step out of your box you always get hurt. People hate difference and they're afraid of what they can't control. I can't even control myself, so as for other people… But you're right, this exhibition at the MEP is not a retrospective but a personal synthesis I'm showing to the public. Just as the book being published to coincide with the exhibition is what I like to call a 'catalogue déraisonné', an unreasoned catalogue.
It's not an end in itself.
It's just the beginning of what's to come, as all endings are.
This exhibition is a small death, and each work is a new birth.

(1) Famous French boxer of the 1940s. (2) Infamous and charismatic French criminal declared Public Enemy Number One in the 1970s. (3) Mesrine by Jean-François Richet (2008). (4) Famous 18th century brigand. (5) Criminal anarchist gang of the early 20th century.